L’emprise, Marc DUGAIN

imagesSynopsis :

« Un favori à l’élection présidentielle, le président d’un groupe militaro-industriel, un directeur du renseignement intérieur, un syndicaliste disparu après le meurtre de sa famille, une photographe chinoise en vogue… Qu’est-ce qui peut les relier ?

Lorraine, agent des services secrets, est chargée de faire le lien. De Paris, en passant par la Bretagne et l’Irlande, pourra-t-elle y parvenir ? Rien n’est moins certain. »


Je savais dans quoi je m’aventurais en entamant ce livre. On m’en avait parlé, puis je l’avais commencé sans jamais le finir pour une raison que j’ignore parce que je savais déjà où je mettais les pieds – les yeux devrais-je dire ! Et le lire là, à moins de 2 mois du 1er tour de la présidentielle en France, déjà que je ne sais toujours pas pour qui voter, ça ne me donne carrément plus envie d’y aller ! Pour la 1ère fois depuis que je dispose du droit de vote (24 ans !) j’aimerai ne pas l’avoir. Ou mieux, retrouver mon insouciance d’enfant en n’étant pas aussi lucide sur les coulisses de la vie politique…

Sur fond de fiction, Marc DUGAIN nous dépeint au vitriol la scène politique française et internationale et  les collusions qui existent entre le monde des affaires et le monde politique. Dans l’édition Gallimard l’auteur précise que tous les personnages et évènements décrits sont purement fortuits.  Le signaler dans un roman-fiction revient presque à savoir qu’on prend un risque et qu’on cherche à se protéger d’une vérité qu’on s’apprête à dévoiler. Le lecteur n’est pas dupe et sait pertinemment qu’il dresse un portrait au contraire Ô combien réaliste, clairvoyant, et surtout très informé de la scène politique et du pouvoir tel qu’il est incarné aujourd’hui dans de nombreux pays, la France et l’Europe ne faisant bien entendu pas exception.

La corruption à tous les étages, la pression exercée sur les uns et les autres utilisant toutes les failles possibles, la lente déliquescence de la démocratie française, les liaisons dangereuses, la trahison, le sexe, l’argent et son corollaire la cupidité, les mensonges, etc. L’auteur ne fait pas de quartier, tout ce qui fait la laideur du pouvoir y passe.

Le roman foisonne de personnages à en donner le tournis mais chacun occupe un rôle stratégique. On pourrait presque croire à un essai politique si Marc DUGAIN n’accordait pas une place aussi importante à la psychologie de ses personnages.

Une agent des services secrets qui va jusqu’à donner de sa personne pour le bien des enquêtes qu’elle mène. Son directeur des renseignements. Un candidat à la présidentielle qui résiste corps et âme convaincu de pouvoir rendre ses lettres de noblesse et son intégrité au monde politique. Son principal rival, issu du même parti qui brigue également l’investiture. Un syndicaliste au sein d’un groupe militaro-industriel qui, dans le cadre de son mandat syndical, demande des éléments sur un contrat qui unit son entreprise et la Chine et qui disparaît mystérieusement après le meurtre de sa famille. Le président d’un groupe industriel. On se croirait presque dans la vraie vie tellement ça colle à cette réalité implacable.

Je ne peux ici m’empêcher de souligner quelques passages du livre qui méritent bien qu’on s’y attarde un peu.

« L’effusion fut franche, celle de deux députés qui ont partagé les bancs de l’Assemblée à la même époque, qui seraient bien en mal de détailler ce qui les sépare politiquement, si ce n’est qu’à un moment donné, une opportunité leur a été offerte par un camp plutôt qu’un autre.

(…)

– J’ai apprécié ton soutien sur la politique étrangère.

– C’est le seul domaine où l’opposition peut soutenir le gouvernement sans qu’on soit suspecté d’entente. Les gens pensent que notre démocratie fonctionne tant qu’on s’étripe. Si on s’accordait sur d’autres sujets d’intérêt national, ils s’imagineraient dans un système totalitaire. »

« La politique aujourd’hui, dans les démocraties somnolentes comme la nôtre, est essentiellement faite d’hommes et de femmes qui ne pensent qu’à conquérir le pouvoir dans le seul but de le conserver, avec peu de considération pour l’usage qu’ils en font, qui est de répondre à voix basse et sans courage à des questions qu’on leur hurle aux oreilles. »

« On ne demande plus à un homme politique de penser le monde. Moi, je suis là pour gagner… ».

Que dire ? C’est tout à fait représentatif de la plupart de nos élus dont l’ego surdimensionné est tel qu’ils ne se rendent même pas compte que le citoyen lambda – au moins pour la majorité – n’est pas dupe de la pseudo opposition qu’ils mettent en scène quotidiennement. Si encore ils étaient bons acteurs…

Et pourtant ! et pourtant ! Le monde tourne tellement mieux, est tellement plus démocratique et productif quand on avance tous dans le même sens sans s’étriper ! N’est-ce d’ailleurs pas ce qu’ils prétendent tous faire ? On en revient finalement toujours, sous couvert de la mondialisation, à ce bon vieux impérialisme. Il a juste changé de forme mais présente toutes les caractéristiques du colonialisme si tant honni. Le bloc est-ouest d’après guerre est plus que jamais d’actualité depuis ces dernières années. Le rôle de nos élus est-il d’assurer le bien-être de ses concitoyens ou de satisfaire la soif de pouvoir des élites venant de tous horizons (média, militaire, industrie, finance, etc.) ? Dans l’intérêt du citoyen lambda du monde entier, le rôle de tous les dirigeants politiques est-il de travailler les uns CONTRE les autres ou les uns AVEC les autres ? J’ai récemment été choquée de lire les propos d’un journaliste dans un article qui précisait qu’il fallait élire en mai prochain un président capable de s’opposer à un Trump ou un Poutine ? Quel est l’intérêt, pour les citoyens (parce que seuls les citoyens doivent compter, c’est pour cela qu’on les élit), d’être en conflit avec eux ? Mais le monde est ainsi fait, aucun d’entre nous ne voulant sortir de sa zone de confort, protégeant son petit pré-carré si chèrement acquis… ou pas d’ailleurs !

La grande majorité de nos hommes politiques, à l’heure actuelle ne sont que des pantins désignés par l’oligarchie (aujourd’hui incarnée par le groupe Bilderberg, la French American Foundation et notamment son programme « Young Leaders », la Franc-maçonnerie…) qui nous dirige, parce que ce sont de bons communicants. Ils ne font que du marketing politique et répondent aux ordres. Ils y trouvent bien entendu leur compte, chacun faisant fonctionner son fond de commerce de façon très égoïste. Et c’est bien là le problème. Comment donc sortir de ce système sans causer de dommages collatéraux trop conséquents ?

Vous l’aurez donc compris, la personne désabusée que je suis n’accorde que peu de crédit à la caste politique et ne croit plus depuis de nombreuses années que nous vivons dans un pays démocratique ! Nul doute que je lirai avec grand plaisir les 2 tomes suivants « Quinquennat » et « Ultime partie » parce que ça fait toujours plaisir de voir un auteur, sous fond romanesque, avec cynisme et impertinence, avoir le courage de ne pas prendre de gants pour dénoncer haut et fort une certaine vérité, si laide, perverse et insidieuse soit-elle.

Un jour, promis, je vous parlerai ici de « 1984 » et « Le meilleur des mondes »…

Publicités

4 réflexions au sujet de « L’emprise, Marc DUGAIN »

  1. Un livre dans la lignée de ce que tu avais chroniqué plus tôt, avec « La société malade de la gestion ».

    Ça doit un peu faire peur de lire un livre pareil, et tu as très bien fait de citer « 1984 » et « Le meilleur des mondes », ils m’avaient fait une drôle d’impression vu que… On est déjà en plein dedans, quoique différemment.

    Par contre, je suis étonnée que tu parles de l’influence de la franc-maçonnerie vu que je croyais justement qu’ils en avaient pas mal perdu et qu’ils ne sont pas aussi influents qu’on le croit de nos jours…

    1. Contente que tu aies aimé cet article m’a beaucoup fait réfléchir sur le « jusqu’où puis-je aller ? ». « 1984 » et « Le meilleur des mondes » vont me demander encore plus de réflexion !
      Pour la franc-maçonnerie ils sont effectivement moins influents qu’ils ne l’ont été mais ils se tiennent et se protègent les uns les autres et restent très affairistes provoquant une totale ingérence dans la vie politique a fortiori quand ils sont de la même Loge. On le voit plus plus au niveau local dans certaines grosses villes.
      Après ce livre ne fait pas forcément peur, il reste très plaisant à lire et c’est vraiment à la fin que « le rideau tombe » et qu’on comprend tout.

      1. Merci beaucoup pour tes explications 🙂
        Tu donnes bien entendu ton avis politique et soit on accroche, soit on accroche pas (je pense que c’est plus facile pour moi vu que je suis d’accord, aha) mais bon, c’est ton blog et je trouve pas que tu en aies fait trop de toute façon, t’es restée assez mesurée mais ferme sur ton opinion.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s