L’étranger, Albert CAMUS

camus-etrangerSynopsis :

« Quand la sonnerie a encore retenti, que la porte du box s’est ouverte, c’est le silence de la salle qui est monté vers moi, le silence, et cette singulière sensation que j’ai eue lorsque j’ai constaté que le jeune journaliste avait détourné les yeux. Je n’ai pas regardé du côté de Marie. Je n’en ai pas eu le temps parce que le président m’a dit dans une forme bizarre que j’aurais la tête tranchée sur une place publique au nom du peuple français… »


« Aujourd’hui, maman est morte. ». Cette 1ère phrase du roman m’avait laissée très perplexe la 1ère fois que j’ai lu et étudié le roman dans le cadre de la préparation du bac de français (1992). La lecture du roman m’avait alors enthousiasmée et la découverte de cette 1ère phrase est depuis restée gravée depuis dans ma mémoire.

Quel délice d’être allée à la rencontre de ce roman une seconde fois. Je crois en avoir gardé les mêmes impressions.

Ce roman, narré à la 1ère personne du singulier, c’est le portrait de Meursault, que l’on pourrait singulièrement qualifier d’être indifférent. C’est l’histoire d’un homme étranger à son entourage, à ses sentiments, à sa propre vie mais aussi et surtout à lui-même. Le passé n’a jamais existé, le futur n’existe pas encore. Pour Meursault seul compte l’instant présent qu’il vit très égoïstement dans une totale indifférence. Les choses sont telles qu’elles sont, simples, honnêtes, sans aucune effusion. Pour donner encore plus de crédit à son personnage l’auteur a choisi des phrases simples, sujet-verbe-complément, un style froid et distant à l’image exacte de Meursault.

La mort de sa mère et les suites de son décès reste pour lui une succession d’évènements, des faits objectifs. Il n’en fait aucune analyse, n’émet aucun avis et dès le lendemain sa vie reprend son cours normal.

Il rencontre Marie, qu’il connaissait déjà et entame une relation avec elle. Là encore, aucun sentiment, ni bons, ni mauvais. Il n’est ni heureux ni malheureux avec elle, tant qu’elle satisfait à ses besoins immédiats cette situation lui convient et donc pourquoi en changer ?

Parmi ses amis, Salamano, son voisin et propriétaire d’un épagneul sévèrement rudoyé par son maître. Puis Raymond, son autre voisin, loin d’être un enfant de coeur, qu’il aide lorsque ce dernier souhaite se venger de sa maîtresse qui le trompe. Ces 3 amis, chacun à leur manière, représentent l’incarnation de la cruauté finalement.

Puis un jour, suite à une bagarre, Meursault assassine froidement un homme. Un coup de revolver a suffit à l’abattre mais Meursault, après un sursaut d’hésitation, en raison de « la brûlure du soleil » dit-il, tire 4 coups supplémentaires, froidement.

La deuxième partie du roman retrace l’emprisonnement de Meursault, son procès et l’issue de celui-ci. Cette partie fait toute la lumière sur la personnalité de notre narrateur. Il comprend son procès, est même heureux d’en découvrir les coulisses, mais ne comprend pas l’acharnement de son avocat et du juge de tenter de comprendre les raisons de son crime. Lui-même ne l’explique pas. A quoi bon ? C’est fait, point. Chacun à leur tour tentent de comprendre son indifférence, au décès de sa mère, au meurtre commis. Mais pourquoi donc ne ressent-il aucun regret ?

Albert Camus, tel un métronome, a construit son roman de manière mathématique, avec rigueur et précision et un détachement quasi glacial.

Visionnaire ou simple observateur des dérives de la société, Camus dénonce l’injustice envers ceux qui ne rentrent pas dans la norme sociale en résonance avec la société, sa norme, l’étrangeté des différences. Et finalement, qui peut ne pas ressentir d’empathie pour Meursault alors qu’il incarne l’antihéros par excellence ?

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6 réflexions au sujet de « L’étranger, Albert CAMUS »

  1. Je tiens à dire que ça me fait grave plaisir que tu l’aies lu et surtout, que tu l’aies aimé ! C’est mon livre préféré (j’ai pas encore fait de chronique dessus mais c’est prévu) et je suis entourée de personnes qui l’ont détesté, autant dire que je me sens très seule.

    Mais il m’a marqué profondément et il y a tellement de choses à en dire, qu’on les perçoive du premier coup, lors d’une relecture, de façon inconsciente ou en les réalisant en lisant une analyse, je trouve ça fou. Le seul autre livre qui m’a fait un effet quasi similaire est… La Chute, du même auteur ! Je te laisse deviner que j’admire beaucoup Camus du coup 🙂 Est-ce que tu en as lu d’autres de lui d’ailleurs ou pas ?

    En tout cas, ça m’a fait plaisir de lire ta chronique, tes observations me refont penser aux deux premières fois que je l’ai lu, nostalgie 🙂

  2. Oh oui, l’étranger, quel souvenir ! Souvenir de la 1ère fois que je l’ai ouvert à 17 ans, quand, avec une copine de classe on avait rigolé comme des bécasses en lisant cette 1ère phrase en se disant « misère, quelle galère nous attend, ça va pas être drôle ! ». Puis on avait lu d’une traite toute la 1ère partie sans arriver à détacher nos yeux du bouquin et pour toutes les 2 à la fin c’était « Waouh, quelle claque ! ». Sous cette apparence de petit livre limite simplet qu’on pourrait presque conseiller à un élève de primaire, ce livre est un chef d’oeuvre dont il est évident que cet élève de primaire n’en comprendrait pas la portée !
    Extrêmement difficile à chroniquer ce livre, je ne suis d’ailleurs pas satisfaite de mon article (comme souvent de toute façon) tellement on pourrait aller loin dans l’explication de texte et tous les thèmes sous-jacents, que ce soit à travers le contexte, tous les personnages et l’histoire en elle-même. Je comprends que tu attendes avant d’en rédiger un article…
    Pour les autres livres de l’auteur, je n’ai pas lu la Chute, mais comptais bien y remédier et ai lu la Peste mais il y a une bonne vingtaine d’années aussi, que j’ai prévu de relire. Un chef d’oeuvre aussi celui-ci, mais très différent de l’étranger.

  3. Bon, WP ne me me fait des notifications que quand tu aimes mes messages mais pas quand tu réponds. Bien.

    Aha, j’ai eu exactement la même réaction que vous ! Perplexité totale sur la première page, mais Meursault est tellement à part qu’on ne décroche pas du livre et qu’on veut savoir ce qui va se passer, et la fin, grosse claque ! Je note que cette expression revient souvent quand on parle de ce livre, je crois qu’il nous a tous fait cet effet, aha. Simple par l’écriture, mais grand par le contenu !

    Oui, je te comprends, je ne pense pas être satisfaite non plus quand je l’écrirai, trop de choses à dire !

    Pour La Chute, je te conseille d’être préparée psychologiquement. :p Que tu ne sois pas au plus mal moralement parlant je veux dire car avec ce livre, il n’épargne personne. Et j’aurais plutôt tendance à conseiller La Peste, peut-être que les gens préfèreraient voir des aspects plus positifs.

  4. Je suis contente de savoir que tu as aimé te replonger dans cette lecture 🙂 Pour ma part, je ne l’ai jamais lu. En fait, je n’ai jamais lu de Camus.

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